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À qui transfuse-t-on des concentrés de globules rouges ?
Les concentrés de globules rouges sont indiqués dans le traitement de l’anémie, qu’elle soit
d'origine médicale, chirurgicale ou obstétricale, lorsqu’elle entraîne un défaut d’oxygénation
des organes risquant de provoquer des dommages irréversibles.
Dans les anémies aiguës de l’adulte par hémorragies, le « seuil transfusionnel
» — certes à adapter au contexte propre à chaque patient — est situé (en sachant que le taux
normal d’hémoglobine est de 12 à 16 g/dl chez la femme, et de 13 à 18 g/dL chez l’homme) :
- à 7 g/dL d’hémoglobine chez les patients sans antécédent particulier ;
- à 10 g/dL en cas de pathologie cardiaque.
En pratique, l’intensité de l’anémie et la tolérance clinique sont les éléments majeurs qui
guident les indications de la transfusion de concentrés de globules rouges.
Par ailleurs, les concentrés de globules rouges peuvent bénéficier de « qualifications » et
de transformations pour des patients particuliers.
Certaines qualifications correspondent à des analyses biologiques complémentaires :
- Le concentré de globules rouges peut être « phénotypé », c’est-à-dire que divers antigènes
de groupes sanguins sont déterminés en plus des antigènes ABO et Rhésus D, de façon à pouvoir
transfuser en s’approchant au plus près des groupes sanguins du receveur. Les indications
formelles de ces concentrés sont :
- les malades transfusés ayant développé des anticorps anti-globules rouges,
afin de prévenir les accidents « hémolytiques » (autrement dit, l’éclatement des globules
rouges sous l’effet de ces anticorps) et d’éviter l’apparition d’autres anticorps anti-globules
rouges ;
- les femmes en âge de procréer : car l’apparition d’un anticorps anti-globules rouges après
une transfusion pourrait avoir des conséquences graves pour le futur enfant si celui-ci était
porteur de l’antigène reconnu par l’anticorps.
- Le concentré de globules rouges peut être « compatibilisé » : quelques millilitres du produit
sanguin sont mis en contact avec le sérum du malade auquel ils sont destinés. Cette analyse
permet de tester au laboratoire la parfaite compatibilité entre le sang du receveur et celui
des donneurs. Cette analyse est obligatoire lorsqu’un anticorps anti-globules rouges a été
détecté dans le sérum du receveur.
- Le concentré de globules rouges peut être « CMV négatif » : la recherche du cytomégalovirus
a été effectuée chez le donneur et est négative. Ce virus, très fréquent dans la population
générale, n’est dangereux que pour les nouveaux-nés et les malades atteints de déficit immunitaire,
pour lesquels de tels produits sont sélectionnés.
Certaines transformations correspondent à des modifications physiques du produit sanguin :
- Le concentré de globules rouges peut être congelé : la congélation à très basse température
permet une conservation de longue durée des globules rouges sans perte d'efficacité fonctionnelle.
Ces concentrés ont un coût élevé de préparation et des contraintes de stockage, limitant leurs
indications à la transfusion de malades
- ayant un groupe sanguin rare (banques de sang rare) ;
- ayant développé plusieurs anticorps anti-globules rouges, lesquels réduisent le nombre de
donneurs compatibles.
Le concept a été utilisé dans certaines circonstances pour constituer des stocks de produits
stratégiques immédiatement disponibles (gestion de conflits, de catastrophes naturelles, d’accidents
majeurs), mais leur emploi n’est pas opérationnel à grande échelle.
- Le concentré de globules rouges peut être « déplasmatisé » : la déplasmatisation est la soustraction
du plasma résiduel par lavage. L’indication est une intolérance majeure du receveur à des
protéines plasmatiques présentes dans le sang du donneur. Cette intolérance se manifeste par
une réaction allergique grave.
- Le concentré de globules rouges peut être irradié : l’irradiation bloque la capacité d’activation
des lymphocytes (cellules intervenant dans la défense immunitaire) présents dans le sang du
donneur. Les indications sont les déficits immunitaires importants, congénitaux ou acquis
(comme dans le contexte d’un conditionnement avant la greffe de moelle de cellules souches
hématopoïétiques). Chez un malade ayant un déficit immunitaire, les lymphocytes non irradiés
du produit sanguin, reconnaissant un organisme étranger, pourraient en effet s’activer et
l’agresser : cette réaction s’appelle la « réaction du greffon contre l’hôte ».
- On peut réduire le volume des concentrés de globules rouges juste avant la
transfusion, en enlevant une partie de la solution dans laquelle ils sont suspendus. Cette
précaution est nécessaire pour des patients atteints d’insuffisance cardiaque ou rénale.
- On peut enfin réaliser des préparations pédiatriques, permettant de disposer
de plusieurs concentrés de globules rouges adaptés au poids de l’enfant à partir d’un seul
don.
À qui transfuse-t-on des concentrés plaquettaires ?
Dans la circulation sanguine, les plaquettes sont indispensables pour que le sang coagule
correctement en cas de brèche d’un vaisseau sanguin, afin de colmater celle-ci par la formation
d’un caillot. Les concentrés plaquettaires sont donc utilisés :
- Quand le nombre des plaquettes est très diminué (« thrombopénie »)
- parce que la moelle osseuse ne les fabrique plus ;
- ou parce qu’elles sont détruites dans la circulation ou dans la rate.
- Quand les plaquettes sont inefficaces parce que leur fonctionnement est altéré (« thrombopathie
») :
- soit en raison d’une anomalie génétique ;
- soit à cause de certains traitements dont le plus connu est l’aspirine.
La transfusion de plaquettes est indiquée pour stopper une hémorragie déclarée lorsque le
taux de plaquettes est bas ou lorsque celles-ci n’assurent plus leur fonction coagulante.
Mais le plus souvent, on transfuse de manière préventive pour empêcher l’hémorragie, quand
le taux plaquettaire du patient est si bas qu’un saignement grave peut survenir à n’importe
quel moment. Dans l’aplasie qui suit une chimiothérapie, il s’agit d’un traitement majeur.
Selon le besoin du malade, des transformations ou des qualifications complémentaires peuvent
être appliquées aux concentrés plaquettaires :
- Le concentré de plaquettes d’aphérèse peut être phénotypé. Dans ce cas, les antigènes pour
lesquels on doit respecter la compatibilité ne sont plus les antigènes des globules rouges.
Ce sont le plus souvent des antigènes du système HLA, et parfois des antigènes spécifiques
aux plaquettes.
- Le concentré peut aussi être compatibilisé, afin de vérifier directement au laboratoire la
compatibilité entre le concentré de plaquettes phénotypé et le sérum du malade en les mettant
en présence.
- Comme pour les concentrés de globules rouges, les deux types de concentrés plaquettaires peuvent
enfin être « CMV négatifs », irradiés, déplasmatisés, congelés, réduits de volume, ou séparés
en préparations pédiatriques.
À qui transfuse-t-on du plasma ?
Les indications de transfusion de plasma thérapeutique sont aujourd’hui limitées. Ce produit
n’est plus utilisé, comme autrefois, pour maintenir la pression artérielle d’un malade en
état de choc : il est désormais prescrit dans des contextes tels que :
- des troubles graves de la coagulation, notamment ceux comprenant
- un effondrement du taux de tous les facteurs de coagulation. Une telle situation peut survenir
lors d’une hémorragie massive, ou par une consommation très importante de ces facteurs.
- un déficit d’un seul facteur de coagulation, pour lequel on ne dispose pas d’un « médicament
dérivé du sang » spécifique de ce facteur.
- des pathologies rares mais graves comme les microangiopathies thrombotiques telles que le
syndrome hémolytique et urémique, le purpura thrombotique thrombocytopénique ou syndrome de
Moschowitz, qui constitue une grande urgence thérapeutique, dont le pronostic est vital. Chez
ces patients, des échanges plasmatiques sont nécessaires en phase aiguë : on remplace chaque
jour la totalité de leur plasma par du plasma de plusieurs donneurs.
Qui sont les receveurs des produits sanguins en France ?
La transfusion dans les cancers :
- Un tiers des transfusés.
- Un peu plus de la moitié des produits sanguins utilisés.
Le traitement de certains cancers utilise des chimiothérapies qui diminuent la capacité de
l’organisme à produire les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes par la moelle
osseuse. Dans certains cas, ces traitements provoquent seulement une diminution des globules
rouges (c’est-à-dire une anémie), qui peut nécessiter la transfusion de concentrés de globules
rouges. Dans d’autres cas, un traitement intensif induit l’absence de production, par la moelle
osseuse, de toutes les cellules du sang durant plusieurs semaines : pendant cette période
critique, la transfusion de concentrés de globules rouges (de l’ordre d’une fois par semaine)
et de concentrés de plaquettes (deux à trois fois par semaine) est indispensable pour prévenir
les complications d’une anémie profonde et le risque hémorragique lié à la baisse des plaquettes.
Les infections liées au manque de globules blancs sont le plus souvent traitées par des antibiotiques,
mais, dans de rares cas, une infection résistant aux antibiotiques peut être traitée par des
concentrés de globules blancs.
Les greffes de moelle osseuse, indiquées dans le traitement de certaines maladies malignes
du sang, nécessitent souvent un grand nombre de produits sanguins.
La transfusion dans les saignements importants :
- Environ 20 % des transfusés.
- Près de 15 % des produits sanguins utilisés.
Des transfusions de concentrés de globules rouges sont nécessaires en cas de saignements importants,
tels qu’on peut les observer dans des contextes médicaux variés, allant de l’hémorragie digestive
aux saignements liés à des troubles majeurs de la coagulation du sang. Le traitement transfusionnel
y est le plus souvent de courte durée : le temps de corriger la perte de sang entraînée par
le saignement.
La transfusion dans les interventions chirurgicales :
- Près de 40 % des transfusés.
- Environ un quart des produits sanguins prescrits.
La transfusion est parfois nécessaire dans les interventions chirurgicales. Celles pour lesquelles
la transfusion est la plus fréquente sont la chirurgie cardiaque et l’orthopédie, qu’il s’agisse,
dans ce dernier cas, d’opérations planifiées (comme la pose d’une prothèse de hanche ou de
genou) ou d’opérations réalisées en urgence après un accident.
Les autres domaines de la chirurgie (digestive, urinaire, etc.) ont moins souvent recours
à la transfusion.
Ces trois grands domaines couvrent ainsi plus de 90 % des transfusés et près de 95 % des produits
sanguins. À cela, il faut ajouter trois situations particulières requérant parfois la transfusion
:
La transfusion dans les unités de soins intensifs :
- 5-10% des transfusés.
- Un peu moins de 5% des produits sanguins.
Le séjour en soins intensifs (« en réanimation ») conduit à la transfusion de concentrés de
globules rouges chez plus d’un malade sur trois, d’autant que les nombreuses prises de sang
effectuées pour le diagnostic et la surveillance contribuent à la diminution du nombre de
globules rouges.
La transfusion pendant ou après l’accouchement :
- Moins de 2 % des transfusés.
- 1 % des produits sanguins.
Si un accouchement simple n’en nécessite pas, la transfusion devient indispensable dans quelques
situations obstétricales difficiles pendant ou après l’accouchement. Sur le plan historique,
les premières transfusions réalisées avec succès furent pratiquées dans le saignement prolongé
après l’accouchement.
La transfusion chez le nouveau-né :
- Moins de 1 % des transfusés.
- Moins de 1 % des produits sanguins.
Des nouveaux-nés peuvent nécessiter des transfusions dans deux circonstances : Dans le cas
le plus fréquent, il s’agit de prématurés en soins intensifs. Pour les mêmes raisons que les
patients adultes, des transfusions de globules rouges et parfois de plaquettes sont indispensables.
Un nombre plus restreint de nouveaux-nés a besoin de transfusions en raison d’un manque de
globules rouges ou de plaquettes à la naissance, le plus souvent à la suite de la destruction
de ces cellules par des anticorps produits par la mère.
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